(En) Trópicos, 2020/2021

Je ne peux pas voir l’horizon de ma fenêtre. Le soleil se couche et je ne sais pas. La lune tremble dans le verre d’en face. Les jours se répètent. Il y a quelques mois, nous avons vécu un moment atypique. Temps strié, organisé, occupé, glisse. Notre espace est réduit et le temps est allongé. Le manque de temps nous a accablés, maintenant, l’excès nous étonne.

Le paysage quotidien se limite à la géométrie de nos fenêtres. C’est de là que, à de courts intervalles, la lumière est entrée, mais, en peu de temps, ses traces et ses ombres ont disparu. Vivre dans un long espace-temps nous a demandé un exercice de calme et de réinvention. Les bruits de la rue gardaient un grand espace pour le silence. Un geste introspectif, un nouvel horizon, où nous nous sommes rapprochés de notre imagination. La perplexité du changement, un cri sans précédent nous a demandé : « et maintenant quoi ? » Marchez dans de courts espaces pour, petit à petit, apercevoir de nouveaux scénarios.

Baptiste utilise ce panorama dystopique pour créer une autre aube, une nouvelle aube. La construction de ces peintures est née d’un besoin de renouveler le paysage, d’un désir de nature oubliée. Allez à sa re-rencontre, la revivre. Voyez les couleurs du prisme de l’eau pénétrée par le soleil. C’est là que, comme dans l’idéal de la Renaissance d’Alberti, les fenêtres de Baptiste s’ouvrent sur un monde inaccessible à cette époque. De nouvelles perspectives qui pointent vers un voyage, une recherche.

Le stimulus de cette symbiose se trouve dans l’histoire de l’anthropologue, fondateur du structuralisme, Claude Lévi-Strauss.

En 1935, Lévi-Strauss part à la recherche d’un Brésil authentique, pur, doté d’une énergie sauvage, d’une nature singulière. Ce qui le motive, c’est une crise : l’auteur de « Tristes Trópicos », ému par un sentiment de liberté, se jette à la mer pendant 19 jours. Il décrit avec une beauté méticuleuse le coucher de soleil, les côtes brésiliennes, l’agitation du surréaliste André Breton. Il s’aventure dans la baie de Guanabara à Rio de Janeiro, mais n’est pas surpris. Dans la musique «Estrangeiro», Caetano Veloso rappelle que Paul Gauguin, contrairement à l’anthropologue, était enchanté par la baie sinueuse. Déjà à Sao Paulo, où il est invité à enseigner à l’Université de Sao Paulo (USP), Levi-Strauss est choqué par la dynamique de la ville. En croissance rapide, elle avait la taille de son pays et il n’y avait plus de populations autochtones.

Lévi-Strauss, accompagné de Mário de Andrade et de sa femme Dinah Dreyfus, entre dans le pays profond, avec une recherche ethnographique sur les communautés autochtones. L’anthropologue, bien qu’il ait indiqué avec précision et affection pourquoi il a vu, avait une attente du voyage partiellement remplie. Son angoisse est présentée dans un fragment de texte aux traits de prophétie : « Dans quelques centaines années, en ce même lieu, un autre voyageur, aussi désespéré que moi, pleurera la disparition de ce que j’aurais pu voir et qui m’a échappé. Victime d’une double infirmité, tout ce que j’aperçois me blesse, et je me reproche sans relâche de ne pas regarder assez. »

Utiliser le voyageur comme le sens de tracer une ligne imaginaire dans le temps. Un chemin. Un mouvement. Traverser et être traversé par le chemin, par la rencontre. Le voyage est également payé avec le corps. Il y a des corps qui sont jetés à la mer sans savoir s’ils reviendront. La migration révèle un aspect moins aventureux et plus de sacrifice pour un droit à la vie. Baptiste, dans sa trajectoire, symbolise le voyageur qui lutte, dans des conditions précaires, pour trouver une place. En ce sens, que la nature, le sujet ou l’artiste, déplace leur regard vers une dénonciation de l’éminence de la disparition.

Les toiles (en)tropiques de Baptiste, comme un voyageur, font un voyage pour trouver un lieu où l’artiste retrouve son vitalisme. Peut-être que ces espèces n’existent pas, peut-être que ces paysages idylliques n’ont jamais existé. Mais la fenêtre que Baptiste nous ouvre laisse échapper l’air que, aujourd’hui, nous ne pouvons plus respirer. Baptiste nous offre une utopie, il nous livre par ses gestes une proposition de changement de paradigme, une possible écologie. Le mot entropie pour les Grecs avait deux significations : évolution et transformation. Pour les physiciens, c’est une mesure du trouble du système. Identifiez le désordre, le transformer.

(Texte de Caio Cardial, commissaire)

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